Une Cerise au potager

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Spécificités du poil de l'angora

Le lapin angora ne diffère des autres lapins que par la longueur hors du commun de son poil. Cette mutation aurait peu de succès dans la nature : le lapin aurait trop chaud et serait rapidement handicapé par ce long pelage qui s'accroche dans les branchages et rend la reproduction difficile !

Le pelage du lapin angora a été étudié de manière exhaustive par les scientifiques, l'intérêt économique pour ce produit de luxe ayant stimulé les recherches ! En effet, dans les années 1982-1983, le poil d'angora se vendait entre 300 et 500 F/kg, soit entre 46 et 77 €/kg ! Avec un rendement de 1 kg de poil par an pour une femelle (contre 750 g pour un mâle) et seulement 1 % d'impuretés dans le poil, l'élevage de l'angora a longtemps été relativement rentable, même s'il demandait beaucoup de main d'oeuvre. Les études sur le pelage de l'angora ont été menées notamment par l'INRA (Institut national de la recherche agronomique) dans les années 80-90 et c'est sur leurs résultats que je m'appuierai principalement dans cet article.

En 1989, la production française était évaluée à 210 tonnes par an, assurée par 300 000 lapins dans 2000 élevages.

Aujourd'hui, il n'existe plus que quelques gros élevages de lapins et l'angora français est devenu un produit de grand luxe, devant combattre la concurrence de la Chine qui produit énormément, même si la qualité n'est pas comparable. On estime que 90 % de la production mondiale vient de Chine, le second producteur mondial étant le Chili.

Le pelage de l'angora

Les études sur la genèse et et le fonctionnement des follicules pileux ont été menées chez le lapin angora dans le but d'aider les éleveur à obtenir des lapins produisant un maximum de poils croissant avec un maximum de rapidité.

Le caractère angora modifie la durée de la pousse du poil : ses follicules pileux continuent de fonctionner pendant onze à vingt-six semaines, tandis qu'ils se seraient arrêtés au bout de quatre semaines chez un lapin normal. Les poils de l'angora ne poussent donc pas plus vite mais seulement plus longtemps.

a. Les quatre types de poils

La toison est constituée de quatre types de poils : les tylotriches, les jarres, les barbes et les duvets.

Les tylotriches sont les poils les plus longs, ils sont raides sur toute leur longueur et mesurent environ 12 cm. Les jarres sont également raides mais un peu plus courts, 10 cm environ. Tylotriches et jarres sont dotés de muscles horripilateurs qui permettent au pelage de se redresser et de gonfler si l'animal a froid. On compte trois tylotriches par cm2.

Les tylotriches, les jarres et les barbes sont classés dans les poils de garde qui protègent la peau et le reste du poil. Plus longs, plus épais et plus raides, ils assurent la bonne tenue de la toison et protègent le sous poil.

Les duvets constituent le sous-poil et mesurent environ 7 cm. Le sous poil assure l'isolation thermique en immobilisant une couche d'air au contact de la peau. On compte 50 à 70 duvets par jarre chez l'angora français, selon la souche et la saison. (Raphaèle Perego. Le lapin angora: l'or blanc angevin du XXe siècle, richesse de nombreuses régions françaises . p. 26)

Tous les poils ont une durée de croissance identique: "les différences de longueur finales ne sont donc dues qu'à des vitesses de croissance différentes" (Rougeot & Thébault, 1984. p. 39) Ainsi, les duvets ne mesurent que 7 cm contre 12 à 13 cm pour les tylotriches.

Cette structure est la même chez tous les lapins, la seule différence réside dans la longueur du poil de l'angora.

b. Structure du poil

Chaque poil est composé d'une racine implantée dans la peau et d'une tige, surmontée d'une tête. Les poils, quand ils ont achevés leur croissance sans avoir été tondus, présentent une silhouette en forme de flamme : le corps du poil est de diamètre constant puis au bout de celui-ci se forme une tête, une partie renflée qui se fini en flèche. Le diamètre des poils et leur longueur permet de déterminer leur type.

Les poils de garde sont plus épais et s'inclinent sur le pelage, le protégeant et lui donnant une bonne tenue. Les duvets ont un diamètre régulier sans tête marquée et se tiennent tout droit dans le pelage.

c. Les écailles des poils

Les écailles des poils sont comme des tuiles posées les unes sur les autres, elles sont orientées vers l'extérieur. Le poil se décroche après avoir atteint sa longueur maximum, si il ne peut pas tomber au sol, il va s'emmêler dans les autres poils: par frottement, les écailles vont se fixer à celles des poils encore en croissance, ce qui produit le feutre.

À l'intérieur de chaque poil, une chambre à air vide constitue un parfait isolant.

Le cycle de pousse

Tous les follicules pileux des mammifères fonctionnent suivant une succession de cycles : la phase d'activité ou anagène qui est suivie d'une phase de repos ou télogène.

« Si le télogène présente des durées variables et peut être même artificiellement prolongé ou raccourci, l'anagène a une durée fixe. » (Rougeot & Thébault, 1984. p. 54)

Autrement dit, la phase de pousse du poil a une durée prédéterminée. Chez le lapin angora, la durée d'anagène varie de 2,5 à 5 mois.

La longueur exceptionnelle des poils de l'angora ne vient que du rallongement de l'anagène et non pas de la rapidité de croissance: le poil continue à pousser plus longtemps que chez le lapin classique mais il ne pousse pas plus vite. Le poil s'arrête de pousser à 5 semaines chez le lapin néo-zélandais alors qu'elle n'est pas tout à fait achevée à 13 semaines chez l'angora. (ibid. p. 55)

Le caractère de prolongation de l'anagène n'est dû qu'à un seul gène autosomal récessif (c'est à dire un gène qui n'est pas placé sur un chromosome sexuel). Cette mutation ne prolonge pas de façon précise l'anagène puisqu'elle varie entre 2,5 mois et 5 mois. La maturité des poils est donc relative, le moment de la récolte des poils est un compromis entre la longueur maximum et le désir d'éviter le feutrage de la toison. Vers 3 mois, 10 à 30 % des poils sont en télogène et donc moins ancrés dans la peau, ce qui rend possible l'épilation.

Les angoras ont été sélectionnés pour avoir une pousse de poil synchronisée, c'est à dire que tous les poils doivent croître selon le même cycle. La synchronisation de pousse est particulièrement facile à constater chez les angoras colorés: lorsque l'on tond, on ne devrait pas trouver beaucoup de petits ronds de couleur plus foncés. Les zones plus foncées correspondent à la pointe (toujours plus foncée chez les angoras) des nouveaux poils qui repoussent.

La non-synchronisation est un défaut très grave: la récolte de laine sera non seulement moins importante mais surtout de mauvaise qualité ! Si les poils courts de repousse sont filés, ils vont produire une laine de mauvaise tenue.

La récolte

Il faut récolter les poils autour des 91-98 jours suivant la tonte, même si tous les poils ne sont pas à la longueur maximale : au-delà, les inconvénients l'emportent sur les avantages, la longueur est suffisante pour la filature. Si l'on attend plus, le lapin risque de se salir puisque son poil balaie la litière. De plus, le gain pondéral de la récolte s'amenuise car beaucoup de poils vont se perdre dans le clapiers (entre 0,5 et 0,8 g par jour) et d'autres seront ingérés par le lapin au cours de la toilette (on les retrouve dans les crottes: entre 0,1 et 0,2 g par jour).

Enfin, quand la chute de poil devient trop importante, ils ne pourront plus être éliminés et vont s'emmêler avec les autres et causer le feutrage. On pourra les démêler à la carde mais une grande partie est ainsi brisée en petits fragments, ce qui n'est pas souhaitable pour le filage. On peut attendre quatre mois pour tondre certains lapins et on obtiendra plus de longueur mais le plus souvent, il faudra jeter tous les poils du ventre qui seront feutrés.

Le lapin, en faisant sa toilette, ingère des poils et les petits débris coincés dans sa toison : il risque d'en ingérer de plus en plus et ces longs poils risquent de s'agglomérer dans l'estomac pour former un trichobézoard qui peut obturer complètement le pylor, causant la mort.

De plus, le lapin évacue mal la chaleur. Comme il ajuste sa ration alimentaire aux calories qu'il peut évacuer, il mange jusqu'à moitié moins avant la tonte que ce qu'il mange dans les semaines qui suivent la récolte : "cette absorption réduite d'aliments, alliée au fait que, gêné par ses longs poils, le lapin rencontre de plus en plus de difficultés pour pratiquer la caecotrophie, entraîne un affaiblissement de l'animal qui offre moins de résistance à l'agression des agents pathogènes." p. 83

Une récolte tous les 98 jours, soit 14 semaines, semble idéale.

Les lapereaux ont un poil différent des adulte : le poil est plus fin et mou. La texture du poil évolue avec l'âge et c'est seulement la quatrième épilation à 1 an et un mois qui permet de juger de la qualité et du rendement d'un sujet.

Plus j'apprend à connaître la fibre d'angora et ses spécificités, plus j'apprécie ses qualités de douceur et de chaleur. C'est une fibre plus difficile à travailler que le mouton mais elle mérite bien ces efforts !

Pour un article sur la tonte, lien : La tonte.
Pour comprendre pourquoi il est indispensable de tondre son angora : Déshabillez-moi !.
Pour un article sur la toison idéale, à venir !
Pour un article sur les différents standards de l'angora : Standard de l'angora en Europe.
Pour un article sur les différences entre les races, à venir !
Pour un article sur la fameuse obsession du masque chez les angoras, à venir !

Bibliographie

Rougeot, J., Thébault, RG., Le lapin angora : sa toison, son élevage. Maisons-Alfort : Point Vétérinaire, 1984. - 182 p. : ill. ; 21 cm. Bibliogr. p. 176-180. - ISBN 2-86326-035-9.

Jean Rougeot a été directeur-adjoint de recherches à l'INRA et René-Gérard Thébaut était son collaborateur ingénieur.

Pour lire gratuitement un extrait du livre, rendez vous sur Google Livres.

Thébault, RG., Rochambeau, H. de, Le lapin angora: production et amélioration génétique. Productions animales, INRA, 1989.

Perego, R., Le lapin angora: l'or blanc angevin du XXe siècle, richesse de nombreuses régions françaises. - Brissac-Quincé : Éd. du Petit pavé, DL 2007 (85-Fontenay-le-Comte : Impr. Lussaud). - 1 vol. (135 p.) : ill., couv. ill. en coul. ; 23 cm. Bibliogr. p. 135. ISBN 978-2-84712-139-1 (br.)

Samson, L., Understanding the Differences Between Synchronized and Non-Synchronized Growth of Angora Wool [en ligne]. International Association of German Angora Rabbit Breeders, 2010.
Disponible sur : <http://iagarb.com/german-angora-wool/understanding-the-differences-between-synchronized-and-non-synchronized-growth-of-angora-wool/> (Consulté le 26 août 2012)

L'élevage d'Odile et Jean Clouet, près de Nantes, est l'un des plus connus de France. Depuis 1983, ils sélectionnent des angoras français afin d'obtenir le plus grand rendement et disent obtenir des lapins produisant en moyenne 1,4 kg de laine par an.

La F.A.O (Food ans Agriculture Organization of United State = Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) est une organisation intergouvernementale réunissant 191 pays dont le but est de "libérer le monde la faim". Son siège est à Rome et son site est disponible en plusieurs langues. Le département agriculture propose des articles et livres à télécharger gratuitement, notamment la collection "Production et santé animale" (ISSN 0253-3731).

Dans le numéro 19 de cette collection, François Lebas (ingénieur agronome bien connu des cuniculteurs pour ses nombreuses publications), Pierre Coudert (docteur vétérinaire), Hubert de Rochambeau (ingénieur agronome), René-Gérard Thébaut (ingénieur INRA) ont publiés un livre de 266 pages intitulé "Le lapin: élevage et pathologie" que l'on peut télécharger intégralement et gratuitement au format pdf. La référence sur l'élevage du lapin, tous les thèmes sont abordés, à lire absolument !

Pour télécharger tout ou partie:
Archive de Documents de la FAO

Ce qui concerne le lapin angora est au Chapitre 8 "Production de fourrure et de poils textiles", sous-chapitre "L'angora" p. 228